36ème jour - Jeudi 20 mai - Liban - Beyrouth

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English corner

Thursday, May 20th
From Tyr to Kfifane via Beyruth - Lebanon

La Caravane amoureuse was expected in « Restaurant du Cœur » in Beyruth. Every year, this association feeds 300 000 needed people.
Music in front of Mathaf National Museum and then rolling piano with « guerilla des bisous » in the streets.
Visit of 3 local newspapers : « L’Orient le Jour », « Al Balad », « The magazine ».
We left Beyruth to go to a wonderful place near Tripoli : Kfifane, where « Offre Joie » association welcomed us in their holiday center.
This association was born during war to offer holiday to children from all religions in Lebanon. Three important words for them : love, pardon, respect.


36 ème Jour - 20 mai - Liban - Beyrouth

 

La Caravane à Beyrouth

Beyrouth, grande mégalopole, étend ses routes et ses immeubles sur plusieurs kilomètres le long de la côte. Passer coûte que coûte est la seule règle de conduite qui prévale ici. Nos bus se faufilent, et ne se lâchent pas d’un fil pour ne pas se perdre au milieu de cette circulation folle. Même sur les 2 fois 3 voies, des hommes se mettent entre les files pour vendre chapeaux ou autres objets à 3 sous. C’est ainsi que nous faisons nos premiers pas dans la capitale libanaise.
Près de la grande mosquée, nous sommes attendus pour nous rendre au « Restaurant du cœur » d’un quartier populaire.

De lien avec nos « Restos du cœur » créés en France, il n’y en a pas… mais peut être ceux du Liban ont-ils inspiré Coluche ? En effet, ils ont ici été conçus dans les années 80 pendant la guerre pour nourrir la population en difficulté. A l’époque, les denrées arrivaient par bateau des pays étrangers, et beaucoup de France. Ce n’est désormais plus le cas. Les libanais, par le biais de donateurs, financent entièrement les 400 repas journaliers fournis aux plus âgés, sur place ou à domicile. Certains enfants d’écoles publiques en bénéficient aussi. « Le lieu ne fonctionne qu’avec des bénévoles » précise Georges Farra, retraité très actif dans l’association. Mais, la vocation du lieu va bien au-delà des repas. « Des ateliers de travail manuel sont le prétexte pour maintenir une dextérité physique et cérébrale mais surtout, pour maintenir un lien social et éviter l’isolement » nous explique Rose Abisaad, animatrice sociale de métier, qui vient bénévolement presque tous les jours à mi-temps pour faire vivre ce lieu. « Ici, je me sens parfois comme un puits, je donne, et je dois toujours faire le plein. Il faut être gai et en pleine forme, si ce n’est pas le cas, on s’épuise. Je me ressource, je prie parfois, et je me donne des objectifs. Mais, ce sont les gens qui viennent qui me donnent du courage et redonnent de l’espoir. Leur joie et leur sourire me donnent la plus grande des satisfactions. »

aquarelle de Guy


Lors de notre entrée dans la salle de restaurant, quelques dizaines de personnes âgées prennent leur repas. Nous sortons sans tarder nos instruments légers, clarinette et tambourins.

Aux premiers airs de musique, les sourires se glissent sur les visages, les yeux s’écarquillent, les corps commencent à frétiller. Nous serrons les mains, embrassons les joues, et recevons des petits « merci ».
En partant, Georges me glisse à l’oreille : « Ce que vous faites avec la caravane, c’est merveilleux ». Je n’ai pas su quoi répondre, un sourire a suffit pour dire que l’on s’était compris !


Christine Abillama, une des reponsable de l'association Offre j oie, qui organise notre journée, nous invite à poser le piano devant le musée, lieu hautement symbolique puisqu’il s’agit de la ligne de démarcation du conflit pendant la guerre.

Nous improvisons un concert : faire parler la musique là où tant de drames se sont déroulés nous est essentiel. Juste devant, nous empruntons ensuite la grande avenue à la circulation dense sur plusieurs voies pour une déambulation avec le piano.

 

 

Bien sûr, c’est incongru, mais évidemment, c’est fort de sens : cette route séparait auparavant musulmans et chrétiens, elle est aujourd’hui le contact entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest. Des immeubles modernes la côtoient, et pourtant, ici et là, ce sont bien des maisons bombardées et laissées à l’abandon que l’on aperçoit. Nul besoin de se concerter, face à la plus grande d’entre elle, tous les caravaniers s’arrêtent. Seul le piano poursuit ses notes, et à cet instant, Sophie trouve parmi les pierres à terre, un débris en forme de cœur…
Une journée au sein de la caravane nous fait souvent passer dans les milieux les plus contrastés. C’est ainsi que nous nous retrouvons alors invités à visiter trois rédactions de journaux.
L’ambiance lors de notre arrivée dans les locaux de ALBALAD, quotidien d’informations générales à diffusion nationale, est plus que studieuse. Tous les journalistes sont derrière leurs écrans, concentrés. Marie-Anne Muller, Responsable de la rédaction, intriguée, nous pose moultes questions sur la caravane : qu’est-ce qu’une journée type ? Pourquoi avez-vous décidé de participer à ce projet ? …

Avec la rédactrice en chef du quotidien Albalad

Nous la submergeons de toutes nos réponses. Elle achève l’entretien en nous disant : mais allez-y faites une guérilla de bisous au sein de la rédaction, allez mettre un peu d’amour ici. A l’asseau de chaque bureau, c’est parti pour un moment de rires et de surprises, échangeant au passage nos mails pour continuer à nous découvrir.
En remontant la côté vers Byblos, nous arrivons en fin de journée au Centre « Offre Joie » de Kfifane, un lieu magnifiquement bien rénové tout en pierres apparentes.

Melhem Khakaf avocat et professeur d’université à Beyrouth, s’investit bénévolement depuis 25 ans dans cette association.

Il nous explique qu’il fait partie d’une génération à qui on a volé et violé la jeunesse. En 1985, plusieurs jeunes se sont rassemblés pour savoir comment dire non à la guerre et poser des actes. Une idée a germé : créer une colonie de vacances pour les enfants de toutes les régions du Liban, les rassemblant ainsi comme une grande famille jusqu’alors divisée. A l’époque, beaucoup disaient que c’était impossible et que les parents ne confieraient jamais leurs enfants à une structure. Ils pensaient accueillir 65 enfants la première année, ce sont une centaine qui s’est présentée. En pleine guerre, ils ont sillonné toutes les régions du Liban dans une « caravane de la paix ». « Nous sommes un sens de vie pour nos jeunes » précise Melhem. Actuellement, 1200 enfants sont accueillis, les projets se multiplient ouvrant des chantiers de restauration de bâtiments, des actions dans les prisons. « Offre Joie » existe pour interpeller toutes les tendances politiques pour dire non à la violence, au combat, à la folie humaine. Trois grands principes guident leur action : amour, respect et pardon. Melhem conclut en disant : « Ce lieu n’est pas une association, c’est une âme ».

Laurence

L'Orient le Jour

L’Orient le Jour est né de la fusion entre deux quotidiens, il y a cinq ans. Le plus ancien, est l’Orient (80 ans). Soixante journalistes y travaillent, 16000 exemplaires sont tirés tous les jours. Son lectorat est d’environ 65000 personnes. Le journal est lu dans tout le Moyen-Orient et dans le monde entier. La diaspora libanaise représente 13 millions de personnes. Son rédacteur en chef Nagib Aoun, est au journal depuis 45 ans, il a une vraie vocation de journaliste.

A l'âge de 7 ans, il lisait déjà l’Orient. Il est très curieux de notre projet de voyage et nous pose beaucoup de questions. « C’est une initiative magnifique, mais confrontée aux dures réalités, il faut continuer à prendre ce genre d’initiatives ». Il évoque la liberté d’expression de la presse libanaise « c’est un exemple unique au Moyen-Orient. Les journalistes peuvent s’exprimer et ils n’ont pas leur langue dans leur poche ». Il rappelle aussi que le Liban est une grande mosaïque constituée de 18 communautés religieuses « à l’Orient le Jour, nous luttons pour que cette exception demeure et que notre pays continue d’être un exemple ». Anna Tabet, une jeune stagiaire a écrit cette semaine : la Caravane amoureuse, messager d’amour et de paix au Liban. La semaine prochaine, un autre article fera un compte-rendu de notre parcours et de nos rencontres. Le contenu rédactionnel du lendemain n’est pas établi ; il y sera sûrement question des élections municipales et de la visite de Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères, concernant, entre autre, l’ouverture de la frontière libano-syrienne dans le domaine économique.

Patricia

 

L'hebdo magazine

Nous sommes reçu par Amin Issa, le rédacteur en chef cet hebdomadaire d'actualité à grand tirage.
Amin Issa est très attentif aux propos de Marc Vella et aux valeurs de la caravane amoureuse.
Il nous présente son journal et insiste sur son indépendance par rapport aux partis politiques et aux grands groupes financiers. Cet hebdomadaire aborde tous les sujets et n'hésite pas à ouvrir des débats et assumer la polémique.

Guy

 

Instantané journée du 20 mai, à Beyrouth.


Partis du musée, nous déambulons dans une des rues principales de Beyrouth. Je suis à la proue du piano pendant que Marc joue. Nous passons devant un soldat dans un tank. Son visage est fermé. Il ne répond pas à mon salut. A notre second passage, je lui souffle un bisou. Il répond, enfin. Un petit signe de la main, et un petit sourire. Il se trouve dans une contradiction : assurer sa fonction, avec tout le sérieux qu’elle requiert, pour imposer à la fois la peur à l’autre et la peur de l’autre. Et l’envie de se laisser aller à la légèreté d’un sourire. De s’abandonner.
Ensuite, une fourgonnette de militaires libanais passe devant nous. Un des soldats a sa mitraillette sortie par la fenêtre, pointée sur nous. Elle est inclinée vers le bas, j’en déduis qu’il n’a pas l’intention de s’en servir. Le fait de ne pas comprendre qui nous sommes et ce que nous faisons là a dû provoquer chez lui ce réflexe de défense, sortir son arme. Je le salue de la main, sourire aux lèvres. Et là, je vois sur son visage un miracle : il est émerveillé ! Il a baissé les armes.

Céline Isoird

Bénie soit la « Sainte Chronicité »

La synchronicité est pour moi le signe de la justesse ; elle indique que nous sommes bien sur le chemin du cœur. C’est une orchestration magique où aucun détail n’est oublié. Tout se passe dans la fluidité.
La Caravane amoureuse le confirme à chaque instant.
Caribou nous a été proposé au moment où plusieurs dizaines de Caravaniers étaient prêts et déterminés pour l’aventure...
Chaque jour nous offre ses miracles de l’accueil, de l’abondance et de l’amour partagé, amplifié.
Hier encore, nous fêtions la St Yves pour lui exprimer toute notre gratitude, et là s’offrent à nous, deux pianistes libanais qui spontanément ont joué avec une infinie tendresse ; la mer en toile de fond pour Yves, passionné de bateaux...
A Nabatieh, nous sommes reçus par le maire qui termine son mandat et souhaite développer l’accueil dans sa ville. Il s’investit dans son rôle de conteur, nous mène au château de Beaufort et nous offre sa version historique. Le soir il prend l’initiative d’inviter certains d’entre nous chez lui. Deux autres libanais l’imitent, quelle richesse que ces échanges ! Nous savons tous que ces rencontres sont des creusets de Paix...
A Kfar-Nabrakh, la synchronicité œuvre aussi. Pour ces femmes progressistes, c’est le moment idéal ; notre venue leur permet de mobiliser des élus locaux et re-dynamiser leur action. Pour ce peintre Wahib Btaddini qui nous fait l’honneur d’ouvrir son musée, nous sommes les visiteurs privilégiés, l’inauguration aura lieu en août.
A Tyr, la rencontre avec les étudiants de l’Université Islamique nous plonge dans le vécu de cette jeunesse, c’est vraiment l’occasion de les écouter, d’entendre chacun . Le soir après le concert, deux d’entre elles viennent nous remercier pour la joie et l’amour partagés.
Je savoure et rend grâce pour toutes ces joues tendues, voilées ou pas. Barbus ou lisses, les bises se posent, s’échangent, les yeux s’éclairent... La joie est pure.

Françoise

Parlez-moi d’amour


Le Caravamoureux du jour : Gésuel, 50 ans en septembre, paysan au pied des Pyrénées (polyculture, élevage de brebis et de vaches, basse-cour). Réside à Proupiary (Haute-Garonne), près de Saint-Gaudens. Ses centres d’intérêt : la marche (tous les jours) et le cinéma.

- Ce qu’on a fait de plus beau par amour pour toi
- Ma mère Joséphine qui m’a mis au monde. Des témoignages de personnes (comme Gandhi) qui font de belles choses et œuvrent pour la paix. C’est un cadeau pour moi.

- Ce que tu as fait de plus beau par amour
- Ce que j’ai fait pour mes quatre enfants (Jeanne, Vincent, François et Marie) et pour d’autres que nous avons accueillis, comme ceux du Secours catholique.

- Quel est pour toi le symbole de l’amour ?
- Un sourire, car pour moi, c’est un partage.

- Une phrase que tu aimes tout particulièrement
- « Il vaut mieux allumer une bougie que de maudire les ténèbres ».

- Ce qui t’a donné envie de te joindre à la Caravane amoureuse
- C’est mon épouse, Hélène, qui connaissait Terre du ciel, qui m’a fait découvrir le projet de la Caravane amoureuse. Elle avait rencontré Marc lors d’un forum. Cela faisait 15 ans que je n’étais pas parti en vacances. J’avais consacré 20 ans de ma vie à mon projet de paysan et donné beaucoup d’amour à la famille. J’avais besoin de prendre du recul par rapport à mon activité, très prenante. Je voulais faire un voyage avec des gens habités par le même idéal, de partage, d’amour des autres.