35ème jour -Mercredi 19 mai - Liban - de Nabatieh à Tyr

argaiv1123

English corner

Wednesday, May 19th
From Nabatieh to Tyr

Welcomed at the Tyr Islamic University, we exchanged with students about peace and the ability of Pardon.
Rolling piano in the city and « guerilla des bisous ».
Concert near the big blue. Dances, music sharings, encountering people.

35ème jour - 19 mai - Liban - de Nabatieh à Tyr.

Certains réapparaissent peu à peu après une nuit passée chez nos hôtes, ragaillardis par une bonne nuit dans un vrai lit, le petit déjeuner libanais et tous les échanges à propos des familles, leur histoire, la situation politique... Embarquement pour le sud, pour Tyr, sur la côte. Route bordée de champs d’orangers et de bananiers. La mer est proche. Un ralentissement nous permet de découvrir des camions des nations unies et quelques casques bleus coréens. Nous venons en effet de passer la ligne de démarcation du territoire sous contrôle des Nations Unies. Plongeon dans la réalité de la région sud Liban.
En bord de mer, l’Université Islamique et ses étudiants en gestion, en design graphique ou en langues, nous accueillent pour un débat sur l’amour, la paix, le voile, le pardon.

Aida Ajani, responsable du CCF de Tyr

 

Echanges animés et nourrissants.

Marc avec un jeune libanais qui nous a lu en français un petit texte qu'il a écrit sur l'amour.

Après le repas, les Caravaniers déambulent dans les rues.

Contacts toujours très chaleureux malgré les embouteillages provoqués par le piano et sa troupe.

Touchante rencontre avecce vieil homme qui s'essaye aux variacordes.

Après le concert sur l’aire de parking, tout ce petit monde émigre sur la digue où les passants en nombre nous réservent un accueil enthousiaste.

L’équipe cuisine se surpasse en l’honneur de la fête de notre intendant : Yves. Le bruit des vagues rythme l’endormissement de la Caravane sous un premier croissant de lune très lumineux.

Michèle

Mercredi 19, première rencontre.

Un groupe de jeunes filles voilées discutent devant la porte de l’université. L’une d’elle demande à Béatrice :
- Es tu mariée ?
Après quelques échanges, les discussions se poursuivent. Cette question m’interpelle, aussi je lui demande :
- C’est important pour vous le mariage ?
- Oh oui ! répondent-elles avec une belle lumière dans leurs yeux.
Le débat est lancé. Je vais poursuivre pendant près d’une heure une longue discussion avec Inas et son amie (son prénom restera mystérieux pour moi, je n’ai pas réussi à le prononcer...).


Très vite, j’oublie le voile qu’elles portent, j’oublie même que je suis au cœur du Liban. Ces deux jeunes filles deviennent mes amies. Elles parlent parfaitement le français et sont aussi curieuses de nos coutumes que moi des leurs.
Inas me confie qu’elle connaît déjà son futur mari. Au Liban, c’est l’homme qui parle en premier, la jeune femme a le droit de dire non. Plusieurs années peuvent s’écouler avant que le mariage soit prononcé, l’homme doit d’abord avoir sa maison. Pendant ce temps d’attente, la jeune fille continue ses études et vit chez ses parents.
Je leur demande si le divorce est possible au Liban.
- Oui.
En creusant la question, j’apprends que l’homme a le droit de demander le divorce, et la femme le droit de l’accepter. Si la femme veut quitter son mari, alors oui c’est possible, mais elle retourne dans sa famille et reste officiellement mariée...
- Une femme ne vit donc jamais seule ?
- Ah non, au Liban ça n’existe pas.
- Est-ce la loi islamique ?
- C’est la loi du Liban.
Echange de sourires, elles me disent fièrement que même mariées, elles peuvent avoir un travail et décider du nombre d’enfants qu’elles auront. Inas aimerait en avoir deux.
Je les invite à venir écouter le piano en fin de journée, elles aimeraient, mais leur lieu d’habitation est loin, à une heure de car, et ils ne circulent pas au delà d’une certaine heure. Peut-être qu’un membre de leur famille les emmènera ?
Elles ne sont pas venues. J’en étais désolée...

Jeudi 20, surprise !

Les Caravaniers terminent leur petit déjeuner sur le parking de l’université. Tout à coup derrière moi j’entends :
- Madame Claire ! Madame Claire !
Ce sont elles ! Toutes les deux, il est huit heure moins cinq, elles ont cours dans cinq minutes. Quelle joie de les revoir ! Nous nous embrassons chaleureusement, comme si nous nous connaissions depuis très longtemps... Nous échangeons encore quelques mots, je leur souhaite bonne continuation.
- Inch Allah !

Je n’ai pas eu le réflexe de leur demander leur adresse mail, peut-être auront-elles l’idée de continuer le dialogue à travers le site de la Caravane amoureuse ?

Merci à toi Inas, merci à ton amie, je garde une belle image de notre rencontre...

Claire

 

L’intelligence au service de l’amour

Université Islamique de Sour (Tyr)


Aquarelle de Michel

Décor de rêve. L’université donne sur la mer, belle comme elle l’est toujours. Les lieux sont paisibles, propres, lumineux. Au fur et à mesure que Marc parle, on sent l’écoute se faire plus fine. L’attention est palpable, le discours du cœur et du courage (même étymologie) parle. Les questions sont nombreuses, diverses, intelligemment posées. Tout le contraire de la caricature des écoles islamiques qu’on voit souvent, avec images d’embrigadement et de lavage de cerveau (sans exclure par ailleurs que des extrémismes malsains puissent exister ici comme chez nous). Une des questions me touche particulièrement : « à quoi sert l’amour quand le gouvernement d’en face ne connaît que le dialogue répressif par les armes ? ». Question pour le moins complexe.
Marc rebondit sur le fait qu’il faut plus de courage pour dire je t’aime que pour faire la guerre, et ajoute quelques considérations sur les impasses que l’on connaît tant que chacun campe sur ses positions. Je n’ai plus tout en mémoire mais la réponse était belle et pleine de générosité, comme d’habitude. Suit l’expression de l’essence de notre action : « seul l’amour permettra à l’humanité de s’en sortir ! ».
Je suis tout à fait d’accord et j’ajourerais explicitement ce avec quoi il est sans doute d’accord implicitement : l’amour est nécessaire, mais pas suffisant. Je m’inspirerai pour illustrer cela d’une métaphore utilisée par Jean-Yves Leloup, homme que l’on ne peut soupçonner de manquer ni de cœur ni d’intelligence. Jean-Yves dit que l’amour sans intelligence est comme une bouillote, elle donne de la chaleur mais n’éclaire pas. Et l’intelligence sans amour est comme un néon qui éclaire mais ne chauffe pas. Il s’agit de tenir les deux ensemble pour obtenir la flamme sacrée qui chauffe et éclaire à la fois.
L’amour seul peut se retourner contre lui, que l’on pense à cette mère qui étouffe son enfant par un excès d’amour, à ce père qui tue sa famille par amour pour elle pour éviter qu’elle ne souffre de son drame personnel, à ce politique qui ne comprend pas (pas encore) ce langage et s’en énerve, envenimant la situation. L’amour seul est indispensable mais ne suffit pas. Amour et intelligence sont un couple indissociable qu’il s’agit de cultiver, sans oublier ni l’un ni l’autre. L’amour au service de l’intelligence ou l’intelligence au service de l’amour, sont les voies royales se rejoignant pour permettre de répondre complètement à la question de cet étudiant « que faire face à ceux qui ne parlent que le langage de la violence ? ». Avec le courage en plus, pour lier le tout.

Michel

 

Parlez-moi d’Amour

Le Caravamoureux du jour : Paul, 26 ans, cinéaste. Il vit à Barcelone.
Ses centres d’intérêt : le cinéma, l’architecture, le graphisme, les langues étrangères et les voyages.

- Quelle est la plus belle chose qu’ont ait faite pour toi par amour ?
Ma mère qui m’a donné la vie

- Quelle est la plus belle chose que tu aies faite par amour ?
Je vais raconter un geste d’amour que j’ai accompli le 19 mai à Tyr au Liban. Ma mère, Rosa, était en train de se baigner et tout à coup, j’ai senti qu’elle était prise de panique dans l’eau. Je suis allé l’aider à regagner la plage. C’était un peu comme si les rôles étaient inversés. Elle qui m’avait donné la vie, c’était la première fois que je la sentais avoir besoin de moi.

- Quel est pour toi le symbole de l’Amour ?
Un sourire. C’est un symbole universel. Un sourire provoque un sourire, c’est assez contagieux. C’est tellement facile, en plus.

- Une phrase ou une pensée que tu aimes tout particulièrement.
C’est une phrase que j’ai plusieurs fois entendue citée par Jean Paul, mon père, et que je trouve très juste. A Diogène, qui se promenait en plein jour avec une lampe à la main, on demandait : que fais-tu ? Et il répondait : je cherche un homme. La démarche de la Caravane amoureuse, c’est justement celle- là : sortir la partie humaine de chacun qui est parfois enfouie dans la culture, la peur ou les préjugés.

- Ce qui t’a donné envie de te joindre à la caravane amoureuse.
Je voulais voir ce qui m’avait arraché ma maman pendant 2 mois (rire). Je n’ai passé qu’une semaine avec la Caravane mais j’ai rencontré un très beau groupe qui a choisi un projet encore plus beau et tout à fait singulier. Je regrette de ne pouvoir rester plus longtemps. Participer à une autre Caravane me tenterait, surtout si on pouvait avoir des contacts plus approfondis avec les habitants, ne pas seulement se dire bonjour et au revoir en même temps.

Bruits vagues et mer
Souffle lointain vent sans peur
Murmure s’aimer

Marie-Claude