33ème Jour - Lundi 17 mai - Liban - Kfar-Nabrakh - Saïda - Joun

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English corner

Monday May, 17th
From Kfar Nabrakh to Joun via Saida (Lebanon)

Breakfast shared with the progressist women from Kfar-Nabrakh.
« Guérilla des bisous », in the old bazar before leaving to « Deir Moukhales », the private St-Sauveur College of Joun.
Concert.
Sharings with Father Abdo Raad, « Enfants du Liban Association », « Mouvement ouvrier chrétien » from belgium.

Et la Caravane passe...

33ème jour - Lundi 17 mai - Liban - Kfar-Nabrakh - Saïda - Joun

Joun – Liban

Partis de l’école du village de Kfar-Nabrakh de bonne heure pour laisser la place aux enfants, nous rejoignons le groupe de femmes progressistes pour prendre le temps de leur dire au revoir. Notre passage apporte un nouveau souffle, au travers de notre regard, leurs actions ont du sens bien au-delà de leur région. Feryal, nous garderons longtemps en mémoire ton énergie et ton engagement.
Nous faisons une halte à Saïda en bord de mer, puis une petite guérilla de bisous dans les rues de la ville.

 

Destination finale de la journée : le collège Saint Sauveur et le couvent Deir Moukhales à Joune.


Sur la route, nous croisons un envol de pélicans.


Nous sommes très attendus et après l’installation dans les dortoirs, un repas copieux nous est offert.


Le concert est ponctué de plusieurs interventions du Père Abdo, la traduction ne suit pas toujours et nous avons parfois du mal à comprendre les ballets de remerciements et applaudissements des personnalités présentes.


Au fur et à mesure de notre périple, le spectacle s’enrichit, les Caravaniers dévoilent de nouvelles facettes de leurs fibres artistiques avec ce soir un échange poétique entre clowns et jonglage qui apporte beaucoup de joie dans le public.

Après des danses très festives avec les jeunes du collège, un moment de grâce saisit les personnes encore présentes : les notes du piano enveloppent la cour du couvent et portent chacun à se connecter avec soi-même. Un lien subtil s’établit entre les cultures et les générations présentes. Les mots byzantins d’un chant ancien se mêlent ensuite aux notes de piano.



Père Abdo tient à avoir un temps de paroles avec les associations présentes et les caravaniers pour identifier ensemble des actions à conduire pour contribuer à la paix.

Il invite chacun à s’asseoir autour d’une tisane et une montagne de gâteaux. En introduction, il explique son propre parcours depuis le Salvador jusqu’au Liban et se dit être un prêtre laïque, ce qui signifie pour lui être en relation avec le monde dans toutes ses différences. Il s’efforce de développer les rencontres entre toutes les religions. Chaque caravanier est invité à se présenter et à expliquer les conditions dans lesquelles il a pu s’engager dans la Caravane Amoureuse. Les associations présentent leurs missions.
Puis, avec son sourire et sa voix douce, Nahel, femme libanaise d’une cinquantaine d’années, raconte son histoire : elle avait 14 ans quand la guerre a éclaté. Elle explique au combien la paix lui a manqué. Elle a eu l’opportunité d’aller en France pour obtenir son diplôme de médecin. Et c’est avec une grande conscience qu’elle tient désormais à s’impliquer pleinement pour oeuvrer pour la paix. Depuis une vingtaine d’années, elle organise l’accueil d’enfants libanais tous les étés en France avec son association « Enfants du Liban ». Sa vision rejoint celle de la Caravane : l’enfant est accueilli tel qu’il est par une famille étrangère. Beaucoup d’enfants sont étonnés que quelqu’un soit capable de les aimer sans les connaître. Ils expérimentent ainsi le lien du cœur en direct, simplement d’être humain à être humain, cet amour est encore plus fort puisqu’il vient d’un étranger. Pour Nahel, plus on donne d’amour à un enfant, plus il refusera de se battre. C’est là toute la force de son engagement pour lutter contre l’exclusion et le terrorisme.
Le débat est lancé : que pouvons-nous faire de plus ? Une des idées les plus fortes que nous avons retenue est celle de poser le piano en haut du Mont Hermon, où pourraient se rejoindre, partant de chacun de ses versants, palestiniens, syriens, israëliens et libanais. Ils ne savent pas que c’est absolument impossible, alors un jour, ils le feront.

Laurence, Claire et Estelle.

Instantané


Dans Caribou, direction Saïda

  • Dis Michèle ?
  • Oui Sophie ?

S : - Puis-je venir m’asseoir à côté de toi ? J’aurais envie de reparler de notre conversation avec Jessie et Magguy, samedi dernier à l’écolodge (*) « Arc en ciel »…
M : - Oui volontiers car ce fut un beau moment d’échange, surtout quand elles nous ont confié leur manque de liberté par peur de l’autre ou peur du jugement porté sur elles et leurs familles.
S : - De plus, Jessie nous a redit l’insécurité permanente face aux conflits de guerre qui peuvent reprendre à tout moment.
M : - Je comprends mieux quand elles expriment leur joie de rencontrer les sourires et la bienveillance des Caravaniers, cette bouffée de liberté et d’amour venue de loin.
S : - Jessie, sensibilisée par ses études de psychologie, appréciait notre qualité d’écoute, indépendante de leur appartenance religieuse. Cela m’évoque aussi l’écoute entre les Caravaniers, qui peut manquer de bienveillance à certains moments. Marc a raison de nous rappeler que chaque mot choisi et exprimé est important car il peut générer amour ou conflit.
M : - Oui, cela me montre aussi le danger de suivre aveuglement notre esprit critique, qui analyse tout et tout le temps et qui nous emmène dans la projection sur soi et sur l’autre et non dans la réalité de l’instant présent.
S : - Est-ce que je peux t’embrasser ?
M : - Oh oui, c’est si bon !
Sophie et Michèle.
(*) Association qui promeut les constructions de maisons en terre et l’écologie.

 

Un concert de la paix sur le mont Hermon ?

Le père Abdo Raad est directeur du centre social de l’école et du petit séminaire de Joun-Chouf.

Il est aussi président du conseil national de service social au Liban (personnes âgées, handicapées…)
Il est aussi et surtout un rêveur invétéré et magnifique. Après le concert, lors d’un moment de partage et d’échange avec les Caravaniers, le père Abdo a confié le rêve qui l’habite : « Le mont Hermon, situé au sud de la plaine de la Bekaa, est à la frontière entre la Syrie, Israël, la Palestine, le Liban. Il constitue aussi un lieu hautement symbolique : c’est ici que le Christ s’est transfiguré et a uni tous les peuples dans sa transfiguration. Le vœu que je forme est que les hommes des quatre pays se rejoignent (l’idéal serait le 6 août, jour de la fête de la Transfiguration) au sommet du mont Hermon pour se voir, se connaître, et dire que nous voulons vivre en paix les uns avec les autres, dans le respect des traditions de chacun, et dans la justice. Et si les quatre présidents se retrouvaient au sommet ? ».
La présence de la Caravane amoureuse lui a inspiré cette autre idée que certains jugeront encore plus folle : emmener le piano de Marc sur ce mont qui culmine à quelque 3.000m « Il faudrait avoir recours à un hélicoptère. Ce serait le concert de la paix ».
Ce noble rêve, le père Abdo sait pertinemment qu’il n’est pas à la veille de le réaliser, mais il s’y accroche. « Chaque 5 août, les Libanais gravissent le mont Hermon. Druses, musulmans, chrétiens, tout le monde sans distinction dit des prières et fait la fête. Nous, les libanais, sommes prêts pour ce grand rendez-vous. Reste à savoir maintenant si les hommes politiques et les militaires nous permettront de mener à bien ce grand projet. Pour l’instant, je ne vois pas un horizon très ouvert, surtout dans les rapports entre Israël et la Palestine, mais il faut continuer de rêver. Laisser de coté les différences et rechercher ce qui unit : c’est comme ça qu’on avance vers la paix ».

Hervé

Une journée particulière avec les cinéastes de la Caravane amoureuse, Stéphanie et Cyrille.

Depuis septembre 2009, ce couple de cinéastes professionnels travaille au projet du documentaire sur la Caravane 2010. Ils ont défini une ligne directrice : l’aventure humaine.

 

Aquarelle de Guy

Certains Caravaniers, choisis par les cinéastes représenteront, l’aventure à l’intérieur de la Caravane.
A l’occasion des rencontres dans les différents pays traversés, les thèmes suivants sont abordés :
- La place des personnes âgées
- La place des jeunes
- Le droit des femmes
- La religion
- L’écologie
- La liberté de la presse

Aujourd’hui, ils ont choisi de prendre le temps d’interroger deux femmes de l’union des femmes progressistes : Nada et Feryal, ici à Kfar-Nabrakh, après l’interview hier de Hayat. Cyrille m’explique que ne trouvant pas de femmes travaillant aux champs ou pratiquant l’artisanat, on lui a proposé Nada qui fabrique le pain libanais chez elle. Ce type de séquence avec les habitants nécessite du temps pour gagner la confiance, trouver le meilleur cadrage. Une durée nécessaire, une respiration lente pour faire une balance dans le film avec les aventures de la Caravane. Regard porté, avec une juste attention et beaucoup de douceur. Plan serré sur Nada qui pétrit la pâte dans le silence de l’intimité familiale. Plan moyen quand Akarm, son mari vient aider sa femme. Il y a une forte symbolique dans cette scène en clair obscur. Gestes simples. Le contre-jour correspond à l’intention de Cyrille. Dans la manière d’agir, ce couple libanais s’isole comme par magie et justifie alors un plan large. Toute la symbolique de la scène reliée à la symbolique des plans et des cadrages. La femme dirige et l’homme l’assiste.
Le fonctionnement de Stéphanie et Cyrille est ainsi un ajustement professionnel au service du sujet filmé, et permet l’expression d’une parole libérée et forte. Nada termine l’interview en disant : « Le pouvoir des femmes est en marche ».

Aquarelle de Guy

Le frère de Nada interprète un chant d’amour libanais. Après le repas nous allons interviewer Feryal chez elle. Feryal commence par la lecture d’un poème libanais :
« La beauté est femme.
Une femme qui a la beauté du ciel
Une beauté métamorphosée. »
Feryal nous explique que la poésie nous permet d’oser dire ce qu’oralement on ne pourrait pas dire, l’écrire permet de l’imprimer au fond de notre cœur, elle nous dit :
« A l’arrivée des Caravaniers hier, j’étais heureuse et peureuse à la fois. Je sentais une force, cela m’a donné des énergies. J’étais étonnée de votre attitude chaleureuse, pour moi, dire je t’aime quand on rencontre pour la première fois, c’est très surprenant, ici au Liban cela ne se fait pas. Mais j’ai senti beaucoup de joie et ça m’a libérée de mes soucis. A la fin de la journée, je me suis sentie vraiment plus libre. Ici on ne peut pas dire je t’aime à un homme, si une femme fait le premier pas, on la regarde avec mépris, l’homme est mécontent.
Pour moi, l’amour est un besoin, on a besoin de donner ses émotions, de donner ses énergies, c’est un besoin comme l’oxygène et l’eau. Je crois en une force extraordinaire au fond de mon cœur, cette force qui nous a donné la vie. Chaque jour, je dis Dieu merci, je suis en vie. Je vais pouvoir dessiner un sourire sur un visage, la vie est espoir, un espoir continuel de changer. »
Ce parti pris de lenteur des cinéastes s’harmonise avec la fin de l’interview lorsque Feryal nous dit que pour elle le symbole de l’amour est de communiquer sans parole, par un simple regard, se parler sans parler comme elle comprend ce que veut dire un oiseau.

Stéphanie m’explique : « Nous ne voulons pas que ce film soit un road movie, c’est pour cela que nous prenons du temps et de la distance, nous cherchons l’humanité dans l’intimité sans être intrusif ».

Guy

A chaque accueil de la Caravane, Guy offre des mandalas et poèmes créés par les femmes du groupe échange de La Tour du Pin.
Laurence S. travaille auprès de ces femmes pour les aider à retrouver l’estime de soi, elles suivent attentivement chaque jour, les aventures de la Caravane, elles nous attendent avec impatience.

 

Parlez-moi d’amour

La Caravamoureuse du jour : Michèle, 60 ans, massothérapeute à Bruxelles.
« L’unité corps-esprit-âme dans l’humain me passionne et oriente mes activités. J’aime les bonnes nourritures terrestres et spirituelles, les rencontres avec l’autre, différent, la musique et le silence. »

- Ce qu’on a fait de plus beau par amour pour toi
- La proposition d’une amie de m’accompagner dans un moment difficile et de passer du temps ensemble à y voir clair.

- Ce que tu as fait de plus beau par amour
- Faire confiance dans les forces de l’autre.

- Quel est pour toi le symbole de l’amour ?
- Un maître éveillé comme le Christ ou Bouddha.

- Une phrase que tu aimes tout particulièrement
- « Le chemin de mille lieues commence par le premier pas.» Proverbe bouddhiste.

- Ce qui t’a donné envie de te joindre à la Caravane amoureuse
- Oser l’amour inconditionnel à forte dose dans des conditions matérielles difficiles et le défi de rencontrer les autres au-delà des clichés habituels dans un amour respectueux.