25ème jour - Dimanche 9 mai - Iskenderun – Alep (Syrie)

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English Corner

Sunday May 9th

From Iskenderun to Alep – Syria via Bab al Hawa (Syrian border)

It took us five hours cross the border. We arrived just on time for the piano concert in College Terre Sainte (in french) in Alep. Welcomed by the christian community of this convent, the party was warm, deep, frendly, moving. Some Syrian christian family asked us to tell their love to the world.

 

 

25ème jour - Dimanche 9 mai - Turquie - Iskenderun – Alep (Syrie)

Et la Caravane passe...


Iskenderun – Alep (Syrie)

« Je vous aime sans frontières »

La Caravane amoureuse vit ses dernières heures en Turquie dont elle n’oubliera pas l’exceptionnel accueil et la chaleur des habitants.

Nous mettons le cap sur la Syrie et franchissons le poste frontière après quelques heures de patience, le temps de remplir les formalités nécessaires. Dans le fourgon de Marc qui roule en direction d’Alep a pris place Sami Yaghi, dédouaneur à la frontière (il s’occupe notamment des papiers pour les camions). Il restera en notre compagnie jusqu’au soir où est programmé un concert pour le Collège Terre Sainte. « C’est un pur hasard si j’ai rencontré Marc », dit Sami qui parle un français impeccable « Je me suis occupé des papiers pour vos autobus, et comme ma maison est à Alep, je vous ai accompagnés ».
Il aime Victor Hugo, il a lu 5 fois « Les Misérables » Molière, Beaudelaire, Zola et Balzac. Il a appris le français de 6 à 15 ans à l’école et il était le meilleur élève de sa classe dans cette matière.



Selon lui, « la Caravane amoureuse va être une découverte pour les Syriens. Je suis sûr que ça va les intéresser, que vous serez très heureux ici et que vous rencontrerez de belles personnes. Je crois que cela me plairait de venir avec vous pour partager un moment ».
Ihab, le frère de Sami est un chanteur et joueur de oud très réputé qui vit en Tunisie. Sami, lui, n’est pas musicien.



Son cadeau à la Caravane, c’est cette phrase écrite en arabe sur un flanc de Caribou « La Caravane amoureuse, vous êtes mes amis, je vous aime sans frontières ».
Sami assistera au concert de Marc, il soulignera le bon accueil reçu à la douane Syrienne « c’est la seule qui nous ait offert du thé et des gâteaux ». Marc ajoutera « Nous sommes pour 4 jours en Syrie. Bien sûr nous allons voir les monuments, mais pour nous, les plus grands monuments, ce sont les hommes ».



Après le concert, le père Ferrace, l’un des 6 Franciscains qui vivent au monastère Terre Sainte, dira son plaisir de recevoir la Caravane amoureuse « Considérez-vous dans votre pays. Nous sommes ici comme une grande famille. L’amour est une chose essentielle pour la personne humaine. Quand il existe dans les coeurs, il n’y a plus de guerre ».

Le père Ferrace est plus particulièrement responsable des 24 centres de cathéchisme d’Alep qui regroupent 2600 enfants. Il explique que le monastère vient en aide aux personnes ayant besoin d’un secours psychologique ou matériel.
Il termine en souhaitant bonne chance à la Caravane amoureuse dont il qualifie l’initiative de « très intéressante ».



la lègéreté et la vacillance se conjuguent



Les rythmes syriens se marrient avec le piano de Marc



les rythmes s'endiablent


et les danses s'orientalisent

Hervé

 

Parlez-moi d’amour

 



La Caravamoureuse du jour : Christine, 63 ans, enseignante yoga, création de spectacle. Ville de résidence : Saint-Egrève (Isère). Centres d’intérêt dans la vie : yoga, contes, théâtre, clown, lecture à voix haute, danse impro contact, randonnées, vélo, ski, natation...

- Ce qu’on a fait de plus beau par amour pour toi
- La plus belle chose que j’ai ressentie, c’est le regard de mon grand-père, Lucien, lorsque j’étais petite fille. Ses yeux aimants ont révélé mon être, ils m’ont incitée à croire en moi, à puiser dans mes capacités nobles.

- Ce que tu as fait de plus beau par amour
- Après avoir donné le meilleur de moi-même en élevant mes trois fils, je vais à la rencontre de personnes blessées de la vie. Nous nous réunissons pour de grands moments de fraternité. Pour eux je consacre du temps avec amour. Je me sens parfaitement à ma place, à mon grand étonnement : moi la passionnée de sport de pleine nature ! Je m’abandonne à eux avec bonheur.

- Quel est pour toi le symbole de l’amour ?
- Le symbole de l’amour pour moi c’est Soeur Emmanuelle qui a consacré sa vie entièrement aux plus humbles.

- Une phrase que tu aimes tout particulièrement
- « Voir dans l’ordinaire, l’extraordinaire», c’est une phrase qui m’interpelle. Moments magnifiques où ce qui m’entoure prend une dimension particulière jusqu’à m’absorber totalement : corps, esprit, âme.

- Ce qui t’a donné envie de te joindre à la Caravane amoureuse
- Pour partager des moments de grande sincérité. La barrière de la langue m’incite à « parler » autrement : mon regard s’affine, ainsi que mes gestes pour de vraies rencontres ! Une symbiose entre les êtres se crée.
Rompre avec mes habitudes : pas de téléphone, pas d’ordi. La vie en groupe : être dans le laisser-faire – ne rien envisager. Echanger avec des artistes : danse, voix, contes...

Instantané

Couvent Collège Terre Sainte

Fin de soirée.

Minuit passé, le concert, les danses finies, le calme revient sur la petite place méditerranéenne.
Un homme, chrétien, s’attarde et touché par notre venue, me confie : « Dites au monde que nous les aimons, pourquoi ne sommes-nous pas aimés ? Je ne veux pas quitter ma terre, berceau de la Chrétienté ».
« Restez demain, j’organise un barbecue pour vous, mon fils viendra jouer du piano » Impossible d’acquiescer, la Caravane passe, elle repart demain à 7h. Sa femme m’offre un chapelet, lui-même des pièces anciennes, quelques larmes et le plus beau : ce cœur à cœur.
On se serre dans les bras, on s’embrasse, on doit se quitter, eh oui, les enfants ont école demain...

Nathalie

 

 

Laisser Tomber les Préjugés

Douane syrienne, on nous a offert du thé et des gâteaux.
C’était pour nous la plus redoutable. Pas facile déjà d’obtenir les visas – d’ailleurs tous les Caravaniers ne l’obtiendront pas à temps -, un nombre de mails impressionnant pour organiser cela en atteste. L’approche n’est pas rassurante, quelques kilomètres de barbelés avec miradors occupés, puis près de deux kilomètres de poids lourds arrêtés en file pour sortir de Turquie. Les conducteurs bavardent tranquillement sur le terre-plein central, on imagine, vu la file, qu’ils doivent y rester un jour ou deux avant de passer.
Notre approche est prudente. Nous nous concentrons pour éviter tout faux pas, toute file d’attente erronée. Et ça n’est pas facile, les indications ne sont pas toujours très claires, mais on arrive à se faufiler dans les méandres des files de véhicules précédant les méandres administratifs, pour aboutir finalement dans le bureau du directeur des douanes de ce poste frontière syrienne, Hasan Abbas. Hasan est touché par notre démarche de rencontre des peuples du monde en musique. Son bureau est coloré, ensoleillé par des fleurs jaunes, oranges, blanches, soulignées par un vert tendre des feuilles, rosiers de roses blanches, plantes vertes éclatantes. L’accueil est chaleureux.
Ce directeur nous facilitera comme il pourra le passage, pour lequel il faudra néanmoins compter pas loin de quatre heures. Le passage d’une Caravane de trois bus, deux fourgons et plus de cinquante caravaniers ne se fait pas en vingt minutes ici, mais quelle différence d’ambiance, quelle sérénité dans l’attente après les fonctionnaires gris cendre que nous avons souvent rencontrés. Quelle chaleur humaine rencontrée dans ce bureau plein de couleurs où nous seront offerts thés et gâteaux. Cet homme fera les cinquante-cinq kilomètres qui séparent la frontière de Alep pour assister au concert et pourra vivre cette émotion de rencontre en musique que nous véhiculons, après l’avoir compris intuitivement dans son bureau.
La rencontre avec Hasan Abbas était une belle rencontre de plus, placée sur notre chemin à l’endroit où on l’attendait le moins.

Michel

 

Alep - Collège Terre Sainte

Le concert est fini, tout le monde est en liesse. Sous un arbre Laure est assise. Elle tient Mélodie, 8 ans, fille de Milad et Rafik, sur ses genoux. Moment magique où le temps est suspendu, la douceur, la tendresse sont en communion de coeur. Laure et Mélodie sont en osmose. Elles ont unifié leurs corps par la danse orientale. Tous leurs gestes sont remplis de grâce. Je suis comme dans un rêve éveillé. Soudain, Milad m’apparaît au visage rayonnant, avec un grand sourire, elle me remercie pour la soirée. Tout son être resplendit du bonheur de vivre !
Ses yeux sont étoilés de myriades d’amour. Elle m’exprime son immense joie de nous accueillir en Syrie. Milad et Rafik son mari, sont des paroissiens. Ils ont participé à la préparation de cet accueil. Ils nous attendaient pour le partage dominical (messe), mais nous étions retenus à la frontière. Milad m’ouvre son coeur :
- « Nous sommes si heureux de recevoir la Caravane amoureuse ! Pour nous aussi, la paix, l’amour, le respect des religions, sont essentiels et signes de vie. Vous êtes venus avec toute votre simplicité, sans paillette, sans fard, sans fioritures ! Vous êtes si beaux ! La Syrie a besoin de vous pour témoigner notre accueil. Il faut dire à la France et au monde que la population syrienne ne veut pas la guerre. Merci, choukran, de filmer tout cela. Sachez que vous êtes toujours invités à Alep. Des fêtes comme aujourd’hui sont si rares ! »
Ses yeux pleurent de joie, nous nous embrassons chaleureusement, nous ne pouvons pas nous séparer. Rafik son mari nous a rejoint et s’unit à nous.
Entre temps, un homme arrive, le visage épanoui, le corps tressautant de joie. Il nous invite demain pour partager une grillade et faire de la musique avec son fils organiste. Nous sommes désolés de lui annoncer notre départ à 6h du matin. L’homme ne comprend pas tout de suite. Puis subitement, il nous dit en anglais : « ce n’est pas possible, je vais pleurer ! ». Nous voici quatre Caravaniers et Milad le couvrant de baisers et de douces accolades. Il est si ému qu’il part chercher des cadeaux ! A mon tour, je suis si émue en regardant ce magnifique chapelet aux couleurs bleutées comme ses beaux yeux !
Choukran, choukran, bye...

Marie-Astrid