48ème jour - Mardi 1er juin - Italie - Venise - Turin

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English corner

Tuesday, June 1st - From Venice to Torino

Sunrise on Piazza San Marco, almost desert : Marco played piano in front of the Basilica San Marco...then on a boat on the grand canal...

...Notes were flying to heaven.

Afternoon on the road to Torino

 

48ème Jour - Mardi 1er Juin - Italie - Venise

Au lever du soleil, devant le palais des Doges

Marc laisse s'envoler les notes de musiques

sur une place St Marc (presque) déserte

Parlez-moi d’Amour


Marc Vella, 48 ans, pianiste et nomade. Réside à Villiers-sur-Morin (Seine-et-Marne). Sa passion : l’humanité.

- Quelle est la plus belle chose qu’ont ait faite pour toi par amour ?
- Me donner la vie, me permettre de vivre, d’être là.

- Quelle est la plus belle chose que tu aies faite par amour ?
- Avoir porté les vies que j’ai semées, les avoir accueillies.

- Quel est pour toi le symbole de l’Amour ?
- Le vent, car on ne sait pas d’où il vient ni où il va, mais il est là. C’est le souffle, il passe, on ne peut pas l’arrêter. Il porte avec lui toute l’histoire du monde, il emmène avec lui tous les possibles et nous touche tous. De même, l’amour est insaisissable. C’est un souffle. Il va, il vient. On se sert de l’amour pour se rassurer, mais c’est une très mauvaise utilisation qu’on en fait. L’amour permet de voler, de nous porter. Il nous permet de déployer nos ailes, car nous sommes tous des êtres volants. L’amour nous porte, comme le vent porte les oiseaux dans le ciel.

 

- Une phrase ou une pensée que tu aimes tout particulièrement.
- « Le lotus préfère s’épanouir au soleil et mourir, plutôt que de vivre en bouton un éternel hiver »
(Rabindranath Tagore, poète indien)

- Pourquoi as-tu eu envie de te créer la Caravane amoureuse ?
- Car l’humanité a besoin de ce souffle, qu’on lui rappelle qu’il faut chanter l’amour, et non pas ses limitations, ses peurs qui l’amènent à s’entretuer. L’amour, c’est s’abandonner, se livrer, lâcher tout doute, se mettre au service de la joie, sans artifices.

- Y aura-t-il une cinquième Caravane amoureuse ?
- Oui, elle débutera sans doute aux environs du 1er janvier 2011 pour prendre fin vers le 20 février, et passera par le Maroc, le Sénégal, la Mauritanie et le Mali. On mettra le piano sur une pirogue et on descendra le fleuve Niger, en allant, au rythme du courant, à la rencontre de tous les peuples installés le long de ce fleuve. Au Mali, on se rendra notamment à Tombouctou et chez les Touaregs.

 

Musiciens

 

« Demain matin, je penserai à toi »

Il existe plusieurs musiciens dans la Caravane amoureuse. Certains d’entre eux utilisent des instruments qu’on ne rencontre pas tous les jours. Nous avons choisi de vous en présenter trois, avec l’aide de leurs propriétaires.

Le charango de Pablo, le Chilien.

 

- Un charango, c’est quoi ?
- « C’est un petit instrument, avec cinq cordes doublées, dont la caisse de résonnance est constituée par la carapace d’un animal appelé tatou. Il vit dans le nord du Chili et de l’Argentine et dans la partie bolivienne de la Cordillère des Andes. A l’origine, on utilisait la carapace de l’animal mort, ce qui permettait, en quelque sorte de lui donner une seconde vie. Ensuite, on a tué des tatous pour fabriquer des charangos, de sorte que l’animal s’est trouvé menacé d’extinction. Aujourd’hui, le tatou est une espèce protégée.

- Pourquoi Pablo joue-t-il du charango ?
- « Ce charango m’a été offert en 1999 par deux touristes français que j’avais accompagnés en tant que guide équestre, lors d’un périple de trois mois et demi à travers le Chili et une partie de la Bolivie. Ils l’ont acheté à un musicien presque aveugle qui fabriquait ces instruments. Je suis d’autant plus attaché à ce charango que 1999 est l’année de naissance de ma fille, Zoé : il est arrivé dans ma vie en même temps qu’elle.
Ce qui me plaît aussi dans le charango, c’est sa sonorité. Malgré sa petite taille, il est très puissant. J’aime aussi beaucoup l’image de ce petit animal, devenu instrument de musique, qui a conquis sans violence toute la Cordillère des Andes, car on joue du charango au Chili, en Argentine, au Pérou, en Bolivie, en Equateur et en Colombie. Son histoire doit nous inciter à ne rien mépriser ni personne. Tout sert à quelque chose. Cette carapace de tatou mort qui ne servait plus à rien, elle est devenue un instrument de musique.

- Le charango a-t-il permis à Pablo de vivre un moment privilégié pendant la Caravane amoureuse ?
- « Il m’a permis d’approcher les gens plus facilement. C’est un instrument beaucoup plus rare qu’une guitare ou un accordéon. Alors, forcément, ça suscite la curiosité, l’étonnement. Comme il subsiste quelques poils sur la carapace, les gens ont envie de la toucher, de la caresser. On continue de nourrir l’animal avec des câlins.
Je voudrais surtout raconter ce qui m’est arrivé à la maison de retraite d’Adana, en Turquie. Ce soir-là, je suis pas allé au concert de Marc. Je suis resté avec un homme qui venait de perdre sa femme dont il m’a montré la photo. Il n’avait plus envie de vivre. Je n’avais pas apporté mon charango avec moi, mais je lui ai raconté l’histoire de ce tatou qui, même mort, continue de vivre au travers d’un instrument de musique, à apporter beaucoup de bonheur à des tas de gens. Juste avant de partir, je suis allé chercher le charango, je suis revenu dans la chambre de cet homme au moment où il se déshabillait pour aller se coucher. Je lui ai joué El Condor Pasa en sifflant. Dehors, à travers la fenêtre ouverte, on a vu cinq enfants qui applaudissaient. J’ai dit à ce monsieur : ‘’ Tu vois, cet animal, il est tellement noble qu’il sert même après sa mort. Dans la vie, on sert tous à quelque chose, même si on ne sait pas pourquoi on est là’’. On était très émus tous les deux. Avant que je parte, il m’a dit : ‘’ Maintenant, je ne suis plus seul. Demain, en me réveillant, je penserai à toi’’.
Ce soir-là, mon charango a permis de redonner à ce vieil homme le goût de vivre ».

 

Le hang de Marie-Jo, la Suissesse.

Un hang, c’est quoi ?

- « Le hang est une percussion avec une partie en métal et une autre en bois. Celui qui l’a conçu, un Suisse de Berne, s’est inspiré des tonneaux jamaïcains, mais beaucoup de musiciens l’ont aidé à l’améliorer. Chaque hang est fabriqué artisanalement ; chaque pièce est unique et signée. Il faut parfois plusieurs essais avant de réussir un hang. Lorsque j’ai eu le mien, en 2005, il était assez simple de s’en procurer un. Aujourd’hui, c’est très difficile. On ne peut pas apprendre à jouer du hang. On peut s’en servir façon djembé ou produire quelque chose de plutôt méditatif ».

- Pourquoi Marie-Jo joue-t-elle du hang ?
- « La première fois que j’ai entendu un hang, c’était en Suisse, lors d’une soirée chez des amis tenant une galerie de peinture. Tout le monde était autour d’un feu et j’ai entendu ce son que j’ai trouvé vraiment très beau. La brochure d’accompagnement de l’instrument parle de ‘’musique des anges’’. C’est lui qui m’a appelé par son son. Un ami m’a offert ce hang en 2005, pour mes 50 ans. Moi qui joue aussi de la flûte traversière, ce que j’aime dans le hang, ²c’est qu’il a un son pouvant être très doux ou très rythmé. Cela dépend de la personne qui en joue, de ce qu’elle veut faire passer à travers son jeu.

- Le hang a-t-il permis à Marie-Jo de vivre un moment privilégié pendant la Caravane amoureuse ?
- « Son utilisation n’est pas simple, car il est un peu volumineux. C’est Vincent, notre ami poète, lui-même joueur de didjeridoo, qui ma conseillé de l’emporter, mais cela n’a pas été facile d’en jouer pendant la Caravane. Les enfants le confondaient vite avec un jouet. C’est aussi un instrument qui est moins adapté à la musique orientale.
J’ai quand même pu l’utiliser dans ce ranch, en Slovénie, où des enfants fêtaient un anniversaire devant un goûter. Des Caravaniers ont même pu participer. Je l’ai aussi sorti dans le bus, le premier jour, et dans ce parc, à Ankara, où j’ai été accompagnée par des Caravaniers au darbouka »

 

Le ney d’Eric.

Un ney, c’est quoi ?

- « Le ney turc, dont je joue, est un flûte oblique fabriquée à partir d’un roseau choisi par rapport à sa taille. Il compte neuf segments, séparés par huit nœuds. Les plus anciennes formes de ney datent de l’époque des pyramides. Dans le ney turc, il y a deux bagues métalliques et une embouchure spécifique en forme de chapeau. Il existe aussi des neys iraniens ou égyptiens. Le ney le plus court et le plus aigu a une longueur de 52 cm, le plus long et le plus grave mesure 90 cm. Le ney est un instrument très important dans la musique classique turque. Il peut exprimer la rêverie du berger ou le souffle mystique des derviches.

- Pourquoi Eric joue-t-il du ney ?
- « Ümmhan, mon épouse, est turque. Elle m’ fait écouter de la musique de son pays et j’ai trouvé le timbre du ney vraiment très beau. A Noël 2009, j’ai acheté le modèle en plastique et un ney turc en févier 2010, sur un site internet de Turquie. J’essaie d’en jouer tous les jours. Le ney fait en quelque sorte contrepoint au piano dont je joue aussi. C’est un instrument léger, facilement transportable. Il n’ pas la complexité du piano qui est comme un grand réservoir d’énergie qui ne demande qu’à se vider. Par rapport au piano, qui est l’instrument de la modernité, avec son bruit, le ney est celui du silence. : c’est le souffle vital qui donne l’énergie. C’est le symbole du vent dans les branches. Cela demande aussi une longue patience pour arriver à sortir un son du ney.

- Le ney a-t-il permis à Eric de vivre un moment privilégié pendant la Caravane amoureuse ?
- « Apprenant que je jouais du ney, le vice-préfet d’Istanbul est allé chercher le sien qui m’a paru assez ancien, dans son bel étui en cuir. Il me l’a passé et j’ai pu jouer quelque chose d’écoutable »

Propos recueillis par Hervé